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  • #BEIJING25 : « Plus de femmes dans la fonction publique signifie un meilleur gouvernement et une démocratie plus forte »

    À l'occasion du 25e anniversaire duProgramme d'Action de Beijing, CIVICUS s'entretient avec des activistes, des dirigeants et des experts de la société civile pour évaluer les progrès accomplis et les défis qui restent à surmonter. Adopté en 1995 lors de la quatrièmeConférence mondiale des Nations Unies (ONU) sur les femmes, le Programme d'Action de Beijing poursuit les objectifs d'éliminer la violence contre les femmes, de garantir l'accès au planning familial et à la santé reproductive, d'éliminer les obstacles à la participation des femmes à la prise de décision et de fournir un emploi décent et un salaire égal pour un travail égal. Vingt-cinq ans plus tard, des progrès importants mais inégaux ont été faits, en grande partie grâce aux efforts incessants de la société civile, mais aucun pays n'a encore atteint l'égalité des genres.

    CIVICUS s'entretient avec Pakou Hang, directrice des programmes pour Vote Run Lead (Vote Candidate Dirige), une organisation dédiée à la formation de femmes afin qu’elles puissent se présenter aux élections et les remporter, augmentant ainsi la représentation des femmes à tous les niveaux de gouvernement. Créée en 2014, elle a déjà touché plus de 36 000 femmes aux États-Unis, dont près de 60% sont des femmes noires et 20% proviennent de zones rurales. De nombreuses formées à Vote Run Lead siègent désormais dans des conseils municipaux, des conseils de comté, des chambres d'État, des cours suprêmes et au Congrès des États-Unis.

    Pakou Hang

    Un quart de siècle plus tard, dans quelle mesure la promesse contenue dans le Programme d’Action de Beijing s’est traduite par des changements concrets ?

    Beaucoup de progrès ont été réalisés depuis 1995, mais il reste encore beaucoup à faire et nous sommes encore loin de l’égalité. En termes de représentation politique, il y a eu des progrès, mais cela a aussi été lent : globalement, au début de 2019, 24,3% des membres des parlements nationaux étaient des femmes, contre 11,3% seulement en 1995. Seuls trois pays dans le monde ont atteint ou dépassé la parité dans leurs chambres basses ou législatures monocamérales, mais beaucoup d'autres ont atteint ou dépassé le seuil de 30%. Jusqu'à l'année dernière, il y avait également 11 femmes chefs d'État et 12 chefs de gouvernement ; et les femmes occupaient près de 21% des postes ministériels, souvent dans les domaines les plus associés aux problématiques des femmes, tels que l'action sociale et les portefeuilles liés à la famille, à l'enfance, à la jeunesse, et aux personnes âgées et handicapées. Les résultats sont donc mitigés - beaucoup de progrès ont été accomplis, mais les progrès ont été lents et sont loin d'être suffisants.

    Il y a également eu de grandes variations entre les régions et les pays, d'environ 16% de femmes parlementaires dans la région du Pacifique à plus de 40% dans les pays nordiques. La moyenne pour les Amériques est de 30%, mais les États-Unis sont en dessous de la moyenne. Le Congrès reste dominé de manière disproportionnée par les hommes. Bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population, elles n'occupent que 24% des sièges. Le Congrès est également moins diversifié sur le plan racial que la population dans son ensemble, 78% de ses membres s'identifiant comme blancs, une proportion nettement supérieure au 60% de la population américaine composée de personnes blanches.

    Selon le Centre pour les Femmes et la Politique Américaine (Center for American Women and Politics), la situation n'est pas très différente au niveau des états : 29,2% des sièges législatifs des états et 18% des postes des gouvernants sont occupés par des femmes. Il y a moins de données sur les pouvoirs exécutifs locaux et l'essentiel des informations disponibles se réfère aux plus grandes villes, dont 60% des maires sont des hommes blancs, alors que les hommes blancs ne représentent que 20% de la population de ces villes. Bien que davantage de femmes aient accédé à la fonction publique locale en 2018, les conseils municipaux et les commissions de comté ont continué à n'inclure qu'une seule femme ou pas de femmes.

    D’autre part, malgré le nombre relativement restreint de femmes parlementaires, et en particulier de femmes noires, le Congrès actuel est le plus diversifié de l'histoire. Ainsi, le bassin de candidats pour des mandats législatifs en 2020 était également le plus diversifié de l’histoire. Bien entendu, ces candidats ont reçu de violentes attaques de la part des médias et de l'opposition politique. Mais je pense que nous devons changer notre perspective pour comprendre l'ampleur du changement qui s'est produit. J'ai certainement été déçue que nous nous retrouvions avec deux hommes blancs d’un certain âge à la tête des deux principales formules présidentielles, mais il en demeure que maintenant nous avons également une femme noire d'origine indienne comme vice-présidente élue, ce qui constitue sans doute un progrès.

    Je me souviens que lorsque le triomphe de Joe Biden et Kamala Harris à l'élection présidentielle de 2020 a été annoncé, j'ai appelé ma nièce de neuf ans avec la nouvelle. Elle était extatique. Cela m'a rappelé qu'elle appartient à une nouvelle génération d'Américains née sous la présidence de Barack Hussein Obama. Quand elle grandira elle saura que Donald Trump a été président, mais elle saura également que Trump a été vaincu par une femme noire d'origine indienne. Pendant que nous parlions, ma nièce m'a dit : "Nous avons presque réussi, ma tante." Et j'ai pris conscience qu'elle avait raison : oui, nous y sommes presque.

    Pourquoi est-il important d'atteindre la parité homme-femme dans la représentation politique ? S'agit-il uniquement des droits des femmes et de l'égalité des chances, ou aura-t-elle également des effets positifs sur les institutions démocratiques et les politiques publiques ?

    L'une des principales raisons pour lesquelles nous avons besoin d'un plus grand nombre de femmes aux postes gouvernementaux est qu'elles ne gouvernent pas comme les hommes. Les femmes au gouvernement sont plus collaboratives, plus civiles, plus communicatives. Elles sont plus susceptibles de travailler avec des membres d'autres partis pour résoudre des problèmes. Elles obtiennent plus d'argent pour leurs localités, elles votent plus de lois et leurs projets sont davantage axés sur les populations les plus vulnérables telles que les enfants, les personnes âgées et les malades. Les femmes élargissent l'agenda politique, au-delà des questions qui concernent traditionnellement les femmes. Et cela produit de meilleures politiques pour tous, c'est-à-dire non seulement pour les femmes et les filles, mais aussi pour les hommes et les garçons. Enfin, dans la mesure où elles apportent un nouvel ensemble de perspectives et d'expériences de vie au processus d'élaboration des politiques, leur présence garantit que les perspectives des femmes ne soient pas négligées et que des questions telles que la violence sexiste ou les soins aux enfants ne soient pas ignorées. En bref, les femmes occupant des postes gouvernementaux ont tendance à être plus efficaces que les hommes. Et étant donnée la situation actuelle de stagnation politique et d'hyper-partisanerie, nous devons changer la façon de faire. Plus de femmes dans la fonction publique signifie un meilleur gouvernement et une démocratie plus forte.

    De plus, la nécessité de femmes au pouvoir et en politique est devenue d’autant plus essentielle dans le contexte de la pandémie COVID-19. Lors du dernier cycle électoral, les bailleurs de fonds voulaient plus que jamais contribuer aux campagnes électorales des femmes candidates, étant donné que la pandémie les a sensibilisés non seulement aux nombreuses inégalités qui affectent notre société et le système de santé, mais aussi du travail remarquable que les femmes, et en particulier les femmes noires, entreprennent dans leurs communautés pour répondre aux besoins urgents, combler les lacunes des politiques inadéquates du gouvernement et résoudre les problèmes des communautés exclues qui ont été affectées de manière disproportionnée par la COVID-19 et la crise économique. Au cours de cette crise, les femmes ont joué un rôle essentiel en soutenant la connexion des communautés, en collectant et en distribuant de la nourriture et d'autres produits de base aux familles en difficulté, en trouvant des moyens de soutenir l'activité économique locale et en fournissant des services communautaires ad hoc, entre autres.

    Les recherches sur la manière dont divers pays ont répondu à la pandémie suggèrent que les pays avec des femmes au pouvoir ont tendance à avoir moins de cas et moins de décès dus à la COVID-19. Il semble que les femmes au pouvoir ont adopté un style de leadership transformateur qui peut être plus approprié pour la gestion des crises. Ce type de leadership se concentre sur les relations humaines profondes, l'investissement dans l'équipe de travail et l'échange de connaissances, l'action exemplaire et la motivation des autres. Cela représente des qualités très utiles dans notre contexte actuel.

    Pourquoi pensez-vous que la représentation politique des femmes aux États-Unis est encore si faible ?

    Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles nous n'avons pas de parité entre les sexes dans la représentation politique. Tout d'abord, il y a encore trop de raisons structurelles pour lesquelles les femmes ne se présentent pas et ne sont pas élues. Les femmes effectuent encore une quantité disproportionnée de travaux ménagers et d'éducation des enfants, et la couverture médiatique reste sexiste, se concentrant sur les apparences et les personnalités des femmes plutôt que sur leurs positions politiques. En outre, les personnes qui occupent les structures des partis et qui ont des connaissances politiques, des réseaux et de l’argent sont encore des hommes, et ce sont souvent eux qui déterminent qui est politiquement viable. Par exemple, un jeune homme qui a étudié le développement communautaire à Harvard est considéré comme plus viable qu'une femme d'âge moyen qui exerce de l'organisation communautaire depuis 20 ans.

    Paradoxalement, les femmes candidates remportent les élections dans environ les mêmes proportions que leurs homologues masculins et, selon les sondages, les électeurs sont enthousiastes face à la possibilité d'élire des femmes. Mais la deuxième raison pour laquelle les femmes ne sont pas élues est tout simplement qu'elles ne se candidatent pas autant que les hommes, et évidemment, dès lors que vous ne concourez pas, vous ne pourrez pas gagner.

    Pourquoi les femmes ne présentent-elles pas leurs candidatures à des fonctions publiques ? La raison peut-être la plus répandue est que les femmes doutent d'elles-mêmes. Elles ne sont pas considérées comme qualifiées. Elles ne voient pas d'autres femmes qui leur ressemblent ou qui pensent comme elles dans ces positions de pouvoir, et c'est donc un cercle vicieux. Et non seulement les femmes doutent d'elles-mêmes, mais les observateurs extérieurs aussi. De ce fait, si une position de pouvoir particulière n'a jamais été occupée par une femme, la question qui se pose encore de façon répétée dans les médias, sur un ton de doute, est : une femme pourrait-elle être élue ? C'est une question que l'on entend beaucoup dans le cadre des primaires présidentielles démocrates de 2020.

    Il y a aussi le fait que certaines qualités considérées comme positives chez les hommes, comme l'assurance ou l'ambition, prennent une connotation négative lorsqu'elles sont appliquées aux femmes. Alors qu'il y a sans aucun doute eu des hommes en colère et vengeurs qui ont été élus président, les femmes qui sont perçues comme « en colère » ou « vengeuses » sont considérées comme désagréables et donc disqualifiées. Les femmes candidates sont soumises à des attentes beaucoup plus élevées, parfois par elles-mêmes, mais plus souvent par des autres, et par conséquent nous manquons de parité entre les sexes dans notre représentation politique.

    Quand avez-vous réalisé que, contrairement aux hommes, les femmes avaient besoin d'une formation pour se présenter à des fonctions publiques ?

    Bien que j'aie étudié les sciences politiques à l'université, je sentais que la politique américaine était sale et corrompue et je ne me suis jamais impliquée dans la politique électorale. Mais en 2001 ma cousine aînée, Mee Moua, a décidé de se porter candidate pour un siège au Sénat pour le district de East Saint Paul lors d'une élection spéciale. Le district oriental de Saint-Paul devenait rapidement un district où les minorités étaient majoritaires, mais tous ses élus, de l'état au comté et au niveau de la ville, étaient des hommes blancs conservateurs. Ma cousine était diplômée d'une université prestigieuse, avait exercé la profession d'avocate, avait été présidente de la Chambre de Commerce Hmong, et avait décidé de se présenter après avoir fait du bénévolat pendant des années dans de nombreuses campagnes politiques. Cependant, comme c'est souvent le cas pour les femmes candidates, on lui a dit qu'elle devait attendre son tour. Et bien, elle a décidé de ne pas le faire, et comme aucun acteur politique pertinent ne l'a aidée, elle a rassemblé nos 71 cousins germains pour devenir son armée de volontaires et m'a recrutée comme directrice de campagne, car j'étais la seule à avoir étudié les sciences politiques. Contre toute attente, sans expérience politique et au milieu de l'hiver du Minnesota, nous avons frappé aux portes, passé des appels téléphoniques, mobilisé les électeurs à l'aide des radios communautaires, amené les gens aux urnes, et gagné. Nous avons marqué l'histoire en élisant le premier législateur d'état Hmong de l'histoire américaine et de l'histoire des Hmong.

    Rétrospectivement, je me rends compte que j'ai mené la campagne uniquement par instinct, alimentée par l'expérience de mon enfance d'aider mes parents non anglophones à se déplacer dans le monde extérieur. Et même si nous avons gagné, on aurait pu affronter un adversaire mieux organisé et perdu. Ce n'est que des années plus tard, après avoir suivi une formation politique au Camp Wellstone, que j'ai constaté que les femmes candidates avions besoin de quelque chose conçu spécialement pour nous, quelque chose qui nous interpellerait directement et nous préparerait aux vrais défis auxquels nous serions confrontées en tant que femmes candidates.

    Quel type de formation propose Vote Run Lead et comment contribue-t-elle à briser les barrières qui empêchent les femmes d'accéder au pouvoir ?

    Vote Run Lead est le programme de leadership des femmes le plus vaste et le plus diversifié aux États-Unis. Nous avons formé plus de 38 000 femmes pour se présenter à des fonctions publiques, y compris des femmes rurales, des femmes transgenre, des jeunes femmes et des femmes noires, autochtones et de couleur. Plus de 55% de nos diplômées qui ont participé à l'élection générale de 2020 ont gagné, et 71% de nos diplômées qui sont des femmes de couleur ont également été élues.

    Les femmes que nous formons décident généralement de se présenter aux fonctions publiques parce qu'elles identifient quelque chose de négatif dans leurs communautés et veulent y remédier. Mais elles ne voient pas beaucoup de personnes comme elles dans des positions de pouvoir. Vote Run Lead propose plusieurs modules de formation qui apprennent aux femmes tout ce qu'elles doivent savoir sur la campagne électorale, qu'il s'agisse de prononcer un discours, de constituer une équipe de campagne ou de rédiger un message, de collecter des fonds ou de motiver les gens à voter. Mais ce qui distingue notre programme de formation, c'est que nous formons les femmes pour qu’elles se postulent telles qu'elles sont. Les femmes ont souvent besoin de soutien pour se considérer des candidates qualifiées, capables et dignes. Nous leur montrons qu'elles n'ont pas besoin de rechercher une autre promotion ou d'obtenir un autre titre puisque, en fait, leur histoire personnelle est leur plus grand atout. Notre programme de formation, Run As You Are, rappelle aux femmes qu'elles suffisent et qu'elles sont le genre de leaders que nous devons élire pour bâtir la démocratie juste que nous méritons.

    Quel est le profil « typique » de la femme que vous aidez à postuler ? Soutenez-vous une femme qui souhaite concourir quelle que soit son orientation politique ?

    Il n'y a pas de formée typique de Vote Run Lead. Nous sommes une organisation non partisane, nous formons donc des femmes des milieux les plus divers, de toutes les professions, de tous les partis politiques et quel que soit leur niveau de développement politique. Nos valeurs sont profondément liées à la promotion de femmes intersectionnelles et antiracistes engagées à construire une démocratie plus juste et équitable.

    Compte tenu du phénomène généralisé de suppression des électeurs aux États-Unis, le programme vise-t-il également à motiver la participation électorale ?

    Traditionnellement, Vote Run Lead n'utilise pas son propre programme pour motiver la participation électorale (GOTV, pour son acronyme en anglais) étant donné que la plupart de nos diplômées dirigent une élection ou travaillent sur une campagne. Mais en 2020, lorsque les niveaux déjà élevés de suppression des électeurs ont été alimentés par des campagnes de désinformation et des préoccupations en matière de sécurité sanitaire, Vote Run Lead a lancé un solide programme GOTV qui a mobilisé les femmes formées chez nous. Ce programme GOTV comprenait huit modules de formation spécifiques pour motiver la participation électorale, allant de la manière de répondre à l'apathie et au cynisme autour de l'élection, aux plateformes numériques et aux outils de communication à utiliser pour promouvoir la participation. Nous avons également contacté plus de 200 bénévoles, eu 3 000 conversations, effectué 30 000 appels téléphoniques et envoyé plus de 33 000 messages texte pour que nos diplômés et leurs réseaux votent.

    Avant l'été, nous avons également lancé une série intitulée « Votre armoire de cuisine », avec laquelle nous formons les femmes à la collecte de fonds, au contact direct avec les électeurs et même au lancement d'un plan numérique tout en maintenant une distanciation sociale. Ces guides et webinaires sont disponibles sur notre site Web et sur notre chaîne YouTube et offrent des conseils en temps réel et des informations factuelles.

    L'espace civique aux États-Unis est classé « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
    Entrez en contact avec Vote Run Lead via sonsite Web ou sa pageFacebook, et suivez @VoteRunLead sur Twitter.

     

  • #BEIJING25 : « Tous les efforts en faveur de l'égalité des genres doivent être fondés sur l'intersectionnalité et l’émancipation »

    À l'occasion du 25e anniversaire duProgramme d'Action de Beijing, CIVICUS s'entretient avec des activistes, des dirigeants et des experts de la société civile pour évaluer les progrès accomplis et les défis qui restent à surmonter. Adopté en 1995 lors de la quatrièmeConférence mondiale des Nations Unies (ONU) sur les femmes, le Programme d'Action de Beijing poursuit les objectifs d'éliminer la violence contre les femmes, de garantir l'accès au planning familial et à la santé reproductive, d'éliminer les obstacles à la participation des femmes à la prise de décision et de fournir un emploi décent et un salaire égal pour un travail égal. Vingt-cinq ans plus tard, des progrès importants mais inégaux ont été faits, en grande partie grâce aux efforts incessants de la société civile, mais aucun pays n'a encore atteint l'égalité des genres.

    CIVICUS s'entretient avecLyric Thompson, directrice des politiques et du plaidoyer au Centre international de recherche sur les femmes (ICRW), un institut de recherche mondial avec des bureaux situés aux États-Unis, en Inde, au Kenya et en Ouganda. La recherche de l'ICRW cherche à identifier les contributions des femmes, ainsi que les obstacles qui les empêchent de participer pleinement à l'économie et à la société, traduisant leurs conclusions en une stratégie d'action qui honore les droits humains des femmes, garantit l'égalité des genres et crée les conditions pour que toutes les femmes puissent s’épanouir.

    LyricThompson

    Dans quelle mesure la promesse contenue dans le Programme d’action de Beijing s’est-elle traduite par des améliorations concrètes ?

    La Déclaration de Beijing a marqué un grand pas historique vers l'égalité des genres, car elle a positionné les droits des femmes en tant que droits humains et renforcé le rôle de la société civile en tant qu'acteur clé. Elle a également contribué à mettre en évidence les réalités des femmes et des filles du monde entier.

    Des progrès tangibles ont été réalisés dans les domaines de l’éducation, de la santé maternelle et, de plus en plus, de l’abrogation des lois discriminatoires. Mais les progrès ont été lents et irréguliers, et il y a eu des revers importants. Cela se voit clairement aux États-Unis, qui ont adopté une position générale anti-avortement qui a eu un impact mondial en raison de sa règle du bâillon mondial. Cette règle interdit aux organisations de la société civile (OSC) étrangères qui reçoivent des fonds des États-Unis pour fournir des services de santé de fournir des services d'avortement légal ou même de faire des références envers d’autres services d’avortement, et leur interdit de plaider en faveur d'une réforme de la loi sur l'avortement, même si cela est fait avec les fonds propres des OSC, et non pas des États-Unis. Cette politique est en place depuis les années 1980, mais elle a été renforcée à maintes reprises et ne permet actuellement l'accès à l'avortement que dans des cas extrêmes : viol, inceste ou lorsque la vie d'une femme est en danger.

    Comme si cela ne suffisait pas, un certain nombre de défis nouveaux et dynamiques, de l'aggravation de la fracture numérique et de la crise climatique à la pandémie en cours, ont également un impact genré. Par conséquent, les promesses non tenues abondent, notamment en ce qui concerne l'accès à la santé, les droits sexuels et reproductifs et la prévalence de la violence basée sur le genre (VBG).

    Le manque de mise en œuvre des politiques et des lois, ainsi que le manque de ressources pour financer le mouvement des droits des femmes, rendent compte actuellement de la stagnation des efforts en faveur de l'égalité des genres. Mais même si toutes les lois étaient appliquées et toutes les politiques étaient mises en œuvre, il n'en demeure pas moins que la plupart des progrès réalisés jusqu'à présent ont été partiels. Bien qu’ils aient été importants et aient fait des progrès significatifs, ils se heurtent également à des limites, car peu d’efforts ont été consacrés à la lutte contre la nature multidimensionnelle et intersectionnelle des formes de discrimination qui affectent les femmes. Pour l'avenir, tous les efforts en faveur de l'égalité des genres et du changement social doivent être fondés sur une compréhension de l'intersectionnalité, de la transformation et de l’émancipation.

    La coordination et la collaboration entre des partenaires et des secteurs, y compris les gouvernements, la société civile et le secteur privé, seront également essentielles pour parvenir à un changement transformateur. Il sera également crucial de centrer la prise de décision sur les besoins et les priorités du mouvement des droits des femmes, des leaders féministes, des organisations de base et des jeunes femmes, telles qu'elles les perçoivent elles-mêmes.

    Quels sont les principaux domaines d'action sur lesquels il faut mettre l'accent pour que l'objectif de développement durable (ODD) 5 sur l'égalité des genre et l’émancipation des femmes soit atteint d'ici 2030 ?

    En nous appuyant sur les priorités énoncées par ONU Femmes, on pense que deux domaines d'action clés sont l'établissement d'un cadre de responsabilisation solide pour les ODD et l'intégration et la priorisation du genre dans tous les ODD, et pas seulement l’ODD 5, étant donné que l'inégalité des genres est un obstacle fondamental à la réalisation de tout objectif de développement mondial. Et en plus d'inclure un objectif spécifique pour atteindre l'égalité des genres, les ODD reconnaissent cette égalité comme un moteur pour obtenir des résultats dans d'autres domaines, notamment la santé, l'éducation et le développement économique.

    Étant donné que la mise en œuvre des ODD est principalement dirigée par les États membres, le Secrétaire général des Nations Unies (SGNU) devrait prioriser la participation de la société civile, en mettant un accent particulier sur les organisations féministes, de défense des droits des femmes et de base qui stimulent le changement aux niveaux local et régional.

     

    Comment la pandémie de la COVID-19 a-t-elle affecté les femmes et comment les organisations de défense des droits des femmes ont-elles réagi ?

    La pandémie, comme d’autres crises et bouleversements sociaux tout au long de l’histoire, aggrave à tous les niveaux et dans tous les domaines les inégalités contre lesquelles le mouvement pour l’égalité des genres lutte depuis des décennies. Les femmes sont aux premières lignes de la lutte contre la pandémie ; en effet, environ 70% des travailleurs de la santé et des services sociaux dans le monde sont des femmes. Au même temps, l'accès des femmes aux services de santé non liés à la COVID-19 est susceptible de décliner ; si les impacts de la COVID-19 ressemblent à ceux de l'épidémie d'Ebola de 2014-2015, nous pourrions voir des réductions des naissances à l'hôpital, des visites de soins prénatals et du planning familial. Dans le cadre de la pandémie, les femmes supportent également des fardeaux supplémentaires liés aux tâches ménagères et à la garde et à l'éducation des enfants, ce qui peut avoir des répercussions négatives sur le marché du travail, où l'on pourrait voir des revers dans les progrès réalisés à travers les décennies. De même, les confinements imposés pour répondre au COVID-19 ont entraîné un risque accru de VBG.

    La société civile a travaillé sur ces questions à tous les niveaux, du local au mondial, pour répondre aux impacts négatifs de la pandémie sur les femmes. De nombreuses organisations de défense des droits des femmes ont saisi la pandémie comme une occasion de renforcer les liens de solidarité et de promouvoir le leadership des femmes dans les plans et politiques de relance. Par exemple, plus de 1 600 personnes et OSC de pays du sud et des communautés mal desservies du nord ont signé une déclaration exigeant une réponse féministe au COVID-19. La proposition identifie une série de politiques globales dans neuf domaines clés : sécurité alimentaire, santé, éducation, inégalités sociales, eau et assainissement, VBG, accès à l'information et abus de pouvoir.

    Au niveau régional, des mouvements allant dans le même sens peuvent être observés. En Afrique, par exemple, les OSC et les personnalités féministes ont envoyé une lettre ouverte à l'Union africaine pour exiger une reprise économique féministe coordonnée post-COVID-19. La société civile a également formé des coalitions nationales pour exiger des approches similaires dans chaque pays. Aux États-Unis, une Coalition pour une politique étrangère féministe a été formée pour promouvoir une politique étrangère qui promeut l'égalité des genres, les droits humains, la paix et l'intégrité environnementale. ICRW est membre du Comité directeur de la Coalition et, à ce titre, a contribué à cette innovation politique qui vise à introduire une approche transformatrice avec une perspective de droits dans la politique étrangère de notre pays, qui n'inclut pas les femmes comme un agrégat ex post, mais en intégrant le genre dans chaque politique et chaque initiative. Il existe des précédents pour l'adoption de cette approche dans plusieurs pays, dont la Suède en 2014, le Canada en 2017, la France et le Luxembourg en 2019 et le Mexique au début de 2020. Nous considérons qu’il est temps que les États-Unis la mettent également en œuvre.

    Afin de souligner à quel point cette politique est innovatrice il suffit de remarquer que depuis plusieurs décennies, les gouvernements ont traité l'inégalité de genre comme distincte et déconnectée de questions « dures » et importantes, telles que le commerce ou la sécurité nationale ; les questions de genre étaient considérées comme faisant partie de la diplomatie « douce ». Ce n'est qu'au milieu des années 1990 que l'ONU a publié une déclaration établissant officiellement l'égalité de genre comme une priorité mondiale et élargissant la perspective afin de la traiter comme faisant partie de systèmes inégaux plus larges, et la suite est Histoire. Une politique étrangère féministe n'est que la dernière version de cette approche évolutive, basée sur un nombre croissant de recherches académiques suggérant qu'une participation économique, politique et sociale accrue des femmes peut aboutir à un monde plus riche et plus pacifique, en établissant un lien direct entre l'égalité de genre et la sécurité nationale.

    Pourriez-vous nous parler de la Campagne pour une ONU féministe, dont l'ICRW fait partie ?

    On pense qu’un coup de pouce mondial est nécessaire : les gouvernements doivent prendre des engagements internationaux plus forts pour promouvoir l’égalité de genre. Cela signifie adopter une approche féministe dans l'élaboration des politiques, s'assurer que ce programme est financé de manière adéquate et créer des mécanismes de responsabilisation.

    La Campagne pour une ONU féministe, lancée en 2016, est un effort pour créer une proposition collective afin d’apporter un changement réel et significatif dans les droits des femmes et l'égalité de genre aux Nations Unies - dans toutes ses politiques et programmes - et évaluer chaque année les progrès dans cette optique. La campagne rassemble des penseuses et activistes féministes de premier plan de la société civile, de la philanthropie et du monde universitaire, ainsi que d'anciens responsables de l'ONU autour d'un programme commun. Cet agenda requiert non seulement du leadership visible et proactif du SGNU, mais aussi une réforme de l'ensemble du système pour surmonter les obstacles internes de l'organisation.

    Début 2017, la campagne a élaboré un « bulletin scolaire » en réponse aux déclarations du SGNU, António Guterres, lors de sa prise de fonction, dans lesquelles il s'est identifié comme féministe. Ce bulletin évalue la performance du SGNU dans six domaines :

    • Élaboration et mise en œuvre d'un programme féministe pendant le mandat du SGNU;
    • Mise en œuvre et responsabilité solides pour les ODD, liées aux instruments et forums sur les droits des femmes;
    • Financement transparent et responsable pour l'égalité de genre;
    • Le leadership des femmes au sein du système des Nations Unies et la protection des droits des femmes en son sein;
    • Institutions et forums des droits des femmes plus forts et plus féministes au sein des Nations Unies;
    • Une plus grande liberté d'information dans le système des Nations Unies.

    Pour évaluer les progrès et préparer des bulletins, la Campagne mène des entretiens avec des experts de l'ONU et des acteurs de la société civile, administre une enquête mondiale de la société civile et analyse des discours clés, des publications sur les réseaux sociaux, des rendez-vous, des voyages et d'autres initiatives. Les bulletins ont été publiés chaque année pendant ce mandat du SGNU et la campagne prépare actuellement sa quatrième édition.

    Le troisième bulletin publié par la Campagne a attribué au Secrétaire général une note médiocre. Pouvez-vous nous en dire plus sur les résultats et leurs implications ?

    Les réstultats du troisième bulletin ne sont pas aussi solides que nous le souhaiterions. Alors que le SGNU Guterres a bien performé dans quelques domaines - comme le plaidoyer pour la parité, par exemple, qui est devenu son thème privilégié - les progrès ont été moins prononcés dans d'autres domaines, tels que l’augmentation du financement des droits des femmes ou de la liberté d'information au sein du système.

    Selon le bulletin, les messages publics de Guterres sur les droits des femmes et l'égalité des genres ont en fait augmenté en 2019 : ses discours sur l'égalité des genres ont triplé et il a continué d'afficher des références « féministes ».

    Les progrès dans le sens de la parité entre les sexes au sein de l'ONU se sont poursuivis à un rythme ininterrompu, même si les réactions négatives à son encontre ont également augmenté. Les progrès ont été bloqués par l'inertie bureaucratique, les fonds limités et l'opposition interne.

    Il y a cinq domaines spécifiques dans lesquels nous aimerions voir plus de progrès. Premièrement, dans la prioriisation de l'implication de la société civile et du féminisme dans tous les processus mondiaux et dans les processus des Nations Unies. Deuxièmement, dans la favorisation d’une plus grande transparence dans les activités et les engagements financiers de l'ONU. Troisièmement, sur la politique de tolérance zéro pour le harcèlement sexuel dans tout le système des Nations Unies et la fin de l'exploitation et des abus sexuels dans tous les domaines, y compris les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Quatrièmement, la pleine mise en œuvre de l'ODD 5, c'est-à-dire la mise en œuvre de toutes ses composantes - y compris celles que les États membres sont les plus susceptibles de remettre en question, comme la santé et les droits sexuels et reproductifs - et l'intégration du genre dans tous les ODD. Et cinquièmement, dans l’établissement d’une plus grande responsabilité sur les questions liées à l'égalité de genre, au leadership intergénérationnel, à la solidarité, à la collaboration et à l'intersectionnalité, au financement de programmes, mouvements et initiatives sur les droits des femmes, au changement des relations de pouvoir et à la plus grande inclusivité et l’élargissement de la prise de décisions.

    Entrez en contact avec le Centre international de recherche sur les femmes via sonsite Web ou sa pageFacebook, et suivez@ICRW et@lyricthompson sur Twitter. 

     

  • #BEIJING25: ‘All efforts towards gender equality must be built upon intersectionality and power-shifting’

    For the 25th anniversary of theBeijing Platform for Action, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the progress achieved and the challenges ahead. Focused on eliminating violence against women, ensuring access to family planning and reproductive healthcare, removing barriers to women’s participation in decision-making and providing decent jobs and equal pay for equal work, the Beijing Platform for Action was adopted at the United Nations’ (UN)Fourth World Conference on Women in 1995. After 25 years, significant but unequal progress has occurred, not least as the result of incessant civil society efforts, but no country has yet achieved gender equality.

     

  • #BEIJING25: ‘More women in public office translates into better government and a more robust democracy’

    For the 25th anniversary of theBeijing Platform for Action, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the progress achieved and the challenges ahead. Focused on eliminating violence against women, ensuring access to family planning and reproductive healthcare, removing barriers to women’s participation in decision-making and providing decent jobs and equal pay for equal work, the Beijing Platform for Action was adopted at the United Nations’ (UN)Fourth World Conference on Women in 1995. After 25 years, significant but unequal progress has occurred, not least as the result of incessant civil society efforts, but no country has yet achieved gender equality.

    CIVICUS speaks to Pakou Hang, Chief Program Officer at Vote Run Lead, an organisation dedicated to training women to run for political office and win, increasing women’s representation at every level of government. Founded in 2014, it has already reached over 36,000 women across the USA, nearly 60 per cent of whom are women of colour, and 20 per cent of whom are from rural areas. Numerous Vote Run Lead alumnae are now serving on city councils, county boards, statehouses, supreme courts and the US Congress.

    Pakou Hang

    A quarter century later, how much of the promise contained in the Beijing Platform for Action has translated into actual change?

    A lot of progress has transpired since 1995, but there is still a lot to be done, and we are still far from equitable. In terms of political representation, there has been some progress, but it has also been slow: globally, 24.3 per cent of all national parliamentarians were women in early 2019, compared to just 11.3 per cent in 1995. Only three countries around the world have achieved or surpassed parity in their single or lower houses, but many more have reached or exceeded the 30 per cent threshold. As of last year, there were also 11 women serving as heads of state and 12 serving as heads of government, and women accounted for almost 21 per cent of government ministers – often in areas most associated with women’s issues, such as social affairs and portfolios dealing with family, children, young people, older people and people with disabilities. So the bottom line is mixed: a lot of progress has been made, but it has been slow and it is far from sufficient.

    Also, there has been a lot of variation among regions and countries, from about 16 per cent female legislators in the Pacific to more than 40 per cent in Nordic European countries. The Americas averages about 30 per cent, but the USA is below average. Congress is still disproportionately male: although women make up more than half the population, we hold barely 24 per cent of seats. Congress is also less racially diverse than the overall population, with 78 per cent of members identifying as white, a much higher percentage than the population’s 60 per cent of white Americans.

    According to the Center for American Women and Politics, the situation is not very different in states across the country: 29.2 per cent of state legislative seats and 18 per cent of state governorships are occupied by women. There is fewer data about local executives, and the information mostly concerns major cities, 60 per cent of whose mayors are white men, although they make up just 20 per cent of the population of those cities. And even as more women ascended into local office in 2018, it was still not uncommon for city councils and county commissions to include just one woman or no women at all.

    On the other hand, despite the relatively small number of women legislators, and especially women of colour, the current US Congress is the most diverse in history. And the group of candidates who ran for Congress in 2020 were also the most diverse we have ever seen. Of course, these candidates received a lot of backlash from the media and their political opponents. But I think we need to shift our perspective to understand the amount of change that has taken place. I surely was disappointed that we ended up with two older, white men leading the two major presidential tickets – but now we also have a Black, Indian American woman as our Vice President-elect, so there is progress.

    I remember when the 2020 presidential election was called for Joe Biden and Kamala Harris, I contacted my nine-year-old niece with the news. She was ecstatic. I was reminded that she belongs to a new generation of Americans who were born under President Barack Hussein Obama. And growing up, she will know that Donald Trump was the President, but she will also know that Trump was beaten by a Black, Indian American woman. As we were talking, my niece said to me, “We are almost there, Auntie.” And it dawned on me: yes, we are almost there.

    Why is it important to achieve gender parity in political representation? Is it only a matter of women’s rights and equal opportunity, or would it also have positive effects on democratic institutions and policymaking?

    A big reason why we need more women in public office is because they govern differently than men. Women in government are more collaborative, more civil, more communicative. They are more likely to work across the aisle to solve problems. They bring home more money for their constituents, pass more bills, and their bills focus more on vulnerable populations like children, older people and sick people. Women broaden the political agenda, well beyond traditional women’s issues. And the result is better policies for all of us, not just for women and girls but also for men and boys. Because they bring an entirely new set of perspectives and life experiences into the policymaking process, the presence of women also ensures that women’s perspectives are not sidelined, and issues such as gender-based violence or childcare are not ignored. All in all, women in public office tend to be more effective than their male counterparts. And given the current gridlock and hyper-partisanship in politics, we need to do things differently. More women in public office translates into better government and a more robust democracy.

    Moreover, the need for women in power and politics has become even more critical in the context of the COVID-19 pandemic. This past electoral cycle, donors wanted to contribute to female candidates’ campaigns more than before, because the pandemic brought awareness not just about the many inequities that plague our society and the healthcare system, but also of the outstanding work women, and in particular women of colour, are doing in their communities to respond to urgent needs, fill in the gaps left by inadequate government policies, and address the needs of excluded populations who have been disproportionately impacted on by COVID-19 and the economic downturn. During this crisis, women have played major roles in keeping communities connected, collecting and distributing food and other staples to needy families, finding ways to support local businesses and providing pop-up community services, among other things.

    Research that looks at the ways in which various countries have responded to the pandemic seems to show that countries with female leaders tended to have fewer cases and fewer deaths from COVID-19. It seems that women in power have embraced a transformative style of leadership, which may be better at handling crises. This type of leadership focuses on deep human relationships, investment in teams and sharing knowledge, and being a role model and motivating others. These qualities are very useful in our current context.

    Why do you think the political representation of women in the USA is still so low?

    There are many reasons why we do not have gender parity in our political representation. First, there are still too many structural reasons why women do not run nor get elected. Women still do a disproportionate amount of housework and child-rearing and there is still sexist media coverage that focuses on women’s appearances and personalities rather than their policies. Further, those in party structures and the people with political knowledge, networks and money still continue to be men, and often they determine who is politically viable; for example, a young man who studied community development at Harvard is deemed more viable than a middle-aged Black woman who has been a community organiser for the past 20 years.

    Paradoxically, female candidates win at roughly the same rates as their male counterparts, and according to polls, voters are excited about getting women elected. But the second reason why women don’t get elected is simply that women don’t run at the same rate as men – and of course, you can’t win if you don’t run.

    Why don’t women run for public office? Perhaps the most pervasive reason is that women are self-doubters. They do not believe they are qualified. They do not see other women who look like them or think like them in those positions of power, and thus it’s a self-fulfilling cycle. But it’s not just women who self-doubt. Outsiders do plenty of that too. In fact, if a woman has never filled a position of power, then a question that keeps coming up in the media, said in a doubtful tone, is: is a woman electable? We heard a lot of that during the 2020 Democratic presidential primary race.

    There’s also the fact that certain qualities that are deemed positive in men are given a negative connotation when applied to women, like assertiveness or ambition. While angry and vindictive men have surely been elected president, women who are perceived as ‘angry’, or ‘vindictive’ are deemed unlikeable, and thus disqualified. Women candidates are held to much higher standards of competency, sometimes by themselves, but more often by others, and as a result we do not have gender parity in our political representation.

    When was it that you realised that, unlike men, women needed training to run for office?

    Even though I had studied political science in college, I felt that American politics was dirty and corrupting and I never got involved in electoral politics. That was until 2001, when my older cousin, Mee Moua, decided to run for a State Senate seat on the East Side of Saint Paul in a special election. The East Side of Saint Paul was fast becoming a district where people from minorities were in the majority, and yet all its elected officials from the state level to the county and the city were all white, conservative-leaning men. My cousin was Ivy League-educated, had been a lawyer and the president of the Hmong Chamber of Commerce, and she decided to run for public office after having volunteered on numerous political campaigns over many years. However, as often happens with female candidates, she was told she needed to wait her turn. Well she didn’t, and since no one in the mainstream political community would help her, she looked to our 71 first cousins to become her volunteer army and recruited me to be her campaign manager because I was the only one of us who had studied political science. Against all odds, without any political experience, and in the middle of a Minnesota winter, we knocked on doors, made phone calls, mobilised voters using ethnic radio stations, drove people to the polls and won, making history by electing the very first Hmong state legislator in US and Hmong history.

    Looking back, I realised that I managed that campaign purely based on instincts, honed from my childhood experience helping my non-English speaking parents navigate the mainstream world. And while we won, we could have just as easily been out-organised and lost. It was only years later, after having gone through a Camp Wellstone political training course, that I realised women candidates needed something for ourselves, something that uniquely spoke to us, and prepared us for the real issues we would face as female candidates.

    What kind of training does Vote Run Lead provide, and how does it help break down the barriers that keep women away from power?

    Vote Run Lead is the largest and most diverse women’s leadership programme in the USA. We have trained over 38,000 women to run for public office, including rural women, transgender women, young women, moms and Black and Indigenous women and women of colour. Over 55 per cent of our alumnae who were on the general election ballot in 2020 won their races, and 71 per cent of our alumnae who are women of colour won their races too.

    The women we train often decide to run for public office because they see something wrong in their community and they want to fix it. But they do not see a lot of people who look like them in positions of power. Vote Run Lead offers a number of training modules that teach women the basics about campaigns, from delivering a stump speech to building a campaign team or crafting a message, to fundraising and getting out the vote. But what makes our training programme different is that we train women to run as they are. Women often need support to view themselves as qualified, capable and deserving candidates. We show them that they don’t need to obtain another promotion or degree and that in fact, their personal story is their biggest asset. Our Run As You Are training curriculum reminds women that they are enough and that they are the fierce leaders we need to elect to build the just democracy that we all deserve.

    What’s the ‘typical’ profile of the women you help run for office? Do you support any women willing to run, regardless of their politics?

    There isn’t a typical Vote Run Lead alumna. We are a nonpartisan organisation, so we train women from all walks of life, all professions, all political parties, and in all stages of their political development. Our values are deeply embedded in promoting intersectional, anti-racist women who are committed to building a just and fair democracy.

    Given the widespread phenomenon of voter suppression in the USA, does your programming also focus on getting out the vote?

    Traditionally, Vote Run Lead does not employ our own get out the vote (GOTV) programme because most of our alumnae are either running or working on a campaign. But in 2020, with the high levels of voter suppression fuelled by misinformation campaigns and health safety concerns, Vote Run Lead did launch a robust GOTV programme with our alumnae. This GOTV programme included eight GOTV-specific training modules, from how to respond to apathy and cynicism around voting, to which digital field and communication tools to use to get out the vote. We also activated over 200 volunteers, had 3,000 conversations, made 30,000 phone calls and sent out over 33,000 text messages to get our alumnae and their networks to go vote.

    Prior to the summer, we also launched a series we called ‘Your Kitchen Cabinet’, where we trained women on how to raise money, do direct voter contact and even launch a digital plan while social distancing. Those guides and webinars can be found on our website and YouTube channel and offer real-time advice and fact-based information.

    Civic space in the USA is rated as ‘obstructed’ by theCIVICUS Monitor.
    Get in touch with Vote Run Lead through itswebsite orFacebook page, and follow@VoteRunLead on Twitter.

     

  • #BEIJING25: ‘We are outraged at discrimination and are turning our claims into action’

    In the run-up to the 25th anniversary of theBeijing Platform for Action, due in September 2020, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the progress achieved and the challenges ahead. Focused on eliminating violence against women (VAW), ensuring access to family planning and reproductive healthcare, removing barriers to women’s participation in decision-making and providing decent jobs and equal pay for equal work, the Beijing Platform for Action was adopted at the United Nations’ (UN)Fourth World Conference on Women in 1995. After 25 years, significant but unequal progress has occurred, not least as the result of incessant civil society efforts, but no country has yet achieved gender equality. 

    CIVICUS speaks to Viviana Krsticevic, Executive Director of the Center for Justice and International Law (CEJIL) and a member of the Secretariat of the Gqual Campaign, a global initiative seeking to promote gender parity in the composition of international organisations.

    viviana Krsticevic

    How much of the promise contained in the Beijing Platform for Action has been translated into actual improvements?

    We still have a long way to go to ensure that women can live autonomously without the burden of discrimination. Clearly, there are disparities and different effects among women due to age, economic situation, skin colour, ethnicity, migrant status, rural condition and several other situations that partly define our experience. Global figures for disparities in education, access to health, property and positions of power show the enormous disadvantage that women are at in most societies and the differential weight of inequality.

    For instance, according to data from UN Women updated to the first semester of 2020, only 6.6 per cent of heads of government worldwide are women, as well as 20.7 per cent of those in ministerial positions; likewise, women hold 24.9 per cent of all parliamentary seats. The under-representation of women is also reflected in other areas, such as access to education: globally, 48.1 per cent of girls are not attending school. It is also visible in the labour market, since women receive 23 per cent less income than men. The same can be said about the prevalence of gender-based violence: the UN Office on Drugs and Crime estimates that 87,000 women were victims of femicides worldwide in 2017, and that more than half – 50,000, or 58 per cent – were murdered by their partner or a member of their family.

    In other words, there is a long way to go, but we have made significant progress in the 25 years since the Beijing Conference. Some important examples are the progress, made both through legal channels and on the streets, in rejecting sexist violence and femicide, the recognition of the differential effects of violence affecting Afro-descendant women, the policy changes aimed at tackling maternal mortality, advances in gaining access to government or legislative positions, the greater valuing of care tasks and the development of legal frameworks to deal with workplace harassment, among others.

    In part, these advances were possible thanks to synergies between national-level change processes and international goal-setting and rights-recognition processes. In this sense, the Sustainable Development Goal (SDG5) on women's equality, agreed globally at the UN level, is one of the key tools to achieve respect for individual autonomy and the collective development of communities. To advance this goal agreed upon by governments, there are a series of institutional spaces that promote it at the international and regional levels.

    In addition, there is the fact that many women from various sectors, in Latin America and the world, are outraged at discrimination and structural violence and are turning our claims into action. Initiatives such as #NiUnaMenos, #SayHerName and #LasTesis, among many others, have been examples of this. Engaging in analysis, protesting and making proposals are key to ensuring that discriminatory structures are overcome.

    Why is equal gender representation important, and what is the situation in international institutions?

    One of the most significant arguments of women and other movements in search of representation is that of equality, since often the absence of women in decision-making sites is not the result of their own choice but the effect of glass ceilings, implicit discrimination and the segmentation of labour markets, among other factors. On top of this, there is the argument of the impact of equal participation in terms of enriching debate, innovation and due diligence in decision-making and improving the legitimacy and sustainability of certain processes, among other possible beneficial effects of the inclusion of women in decision-making spaces. In the same spirit, several innovative international conventions have included clauses to promote gender equality and representation. UN General Assembly Resolution 1325 on peace and security also includes language on the need for women’s participation in peace processes.

    This recognition stands in contrast with the limited participation of women in decision-making sites, both nationally and internationally. The norms and mechanisms established in most of these spaces do not ensure the participation of women in conditions of equality or equal representation.

    At the international level, in the spaces where decisions are reached on war and peace, the evolution of international criminal law, the scope of human rights, economic law and environmental law, and various other key issues, women are underrepresented at extreme levels. For instance, the International Court of Justice currently includes only three female judges (19 per cent) and historically it has only included four women out of a total of 108 magistrates (3.7 per cent). Only one of the seven current members of the Inter-American Court of Human Rights is a woman (14.3 per cent), and in the International Criminal Court there are only six women out of a total of 18 members (33 per cent). Finally, 10 of the 56 special mechanisms of the UN to date have never been led by a woman.

    In other words, women are on the fringes of the decisions that are made on most of the issues that are most significant for the future of humanity in the areas of politics, justice and peace. This reality contrasts with the recognition of the right to participation in the international arena under conditions of equality enshrined in Article 8 of the Convention on the Elimination of all Forms of Discrimination Against Women, widely ratified worldwide, and with the aspirations of balanced or equal participation proposed in various spaces of the UN system and other institutions.

    How did the Gqual Campaign originate, what are its goals and what has it achieved so far?

    Taking into account the reality of glass ceilings and the drastic regressions that have occurred recently in the composition of some bodies, a group of women and men convinced of the value of gender-balanced and diverse spaces joined in an initiative to promote gender parity in justice and monitoring institutions at the international level. With this objective in mind, we launched the Gqual campaign in September 2015. From this platform we promote individual and institutional commitments to gender parity in international representation, the development of research, standards and mechanisms to promote gender equality in international monitoring and justice institutions, vibrant and timely debate on the issue to advance the equality agenda, and the creation of a community of discussion and action around the issue.

    Among the campaign’s actions are the monitoring and distribution of information on available positions in the sphere of international justice. We send letters and post information on networks calling attention to opportunities and disparities, we promote academic research, and we make proposals to modify the procedures for the nomination and selection of those who occupy positions in justice and monitoring institutions at the national and international level. Among our most interesting initiatives is a ranking that includes the number of men and women in these positions, by country. We also hold meetings of experts to contribute to the development of specialised documents. Additionally, we create synergies with selection processes in judicial spaces at the national level and participate in debates on representation at the national and international levels, in order to advance the broader agenda of political and social change towards equality.

    I would like to invite you to join the online campaign and to follow and interact with it on social media. Since the launch of the campaign, we have made progress in debating the issue and have had several significant achievements, including resolutions by the UN and the Organization of American States on gender balance in the composition of international bodies, the systematisation of information on the composition of positions at the UN level disaggregated by gender, and excellent research that supports the international obligations of states and international organisations, among several others. By working for women's access to international spaces in conditions of parity, the Gqual Campaign promotes several of the commitments expressed in the SDGs: equality, access to justice, the fight against poverty and commitment to peace.

    What support from international civil society is needed to continue promoting the campaign?

    The greatest support that international civil society could give to the campaign would be to join the debate on the importance of ensuring women’s equal participation in international monitoring and judicial institutions. Depending on their possibilities, each person, organisation or institution might help advance more specific agendas at the local or international level in synergy with the campaign’s objectives. They can do so, for example, by encouraging their country’s government to monitor its nationals who occupy elected positions, doing field research on selection processes, writing about constitutional obligations or those derived from international law to guarantee equal access to international representation, running public awareness campaigns, or contributing to the campaign’s blog or writing about it in local newspapers. Given the structural inequality and the inertia that makes some governments reluctant to act, civil society and citizens must demand that the authorities ensure that women are nominated and considered for decision-making positions at the international and national levels. Civil society can also help drive the debate by collecting data and publishing analyses and studies.

    I want to emphasise that due to the nature of the campaign – which arose from the initiative of women who advocate for equality and who mostly donate their time to move it forward – we are grateful for any contribution of time or donation aimed at supporting the campaign’s work and initiatives. We want a more just, equal and peaceful world, and for that we need women to intervene on an equal footing in making the decisions that concern us all.

    Get in touch with Gqual Campaign through itswebsite orFacebook page, and follow@GqualCampaign,@cejil and@mundopenelope on Twitter.