Dialogue sur la Démocratie organisé Yole!Africa, Goma, 12 Juillet 2018

Participants : 43 (33 hommes, 10 femmes)

  1. Introduction

En marge de la 13ème édition du Congo International Film Festival, qui s’est déroulé à Goma du 7 au 15 juillet 2018, un dialogue sur la démocratie a été organisé autour du thème « Réinventer la démocratie »

Ce dialogue a été facilité par l’activiste congolais Prince Lukeka et le journaliste et activiste Gaius Kowene, avec la participation de 43 jeunes, dont 10 femmes et 33 hommes, travaillant dans divers domaines : avocats, artistes, cinéastes, journalistes, activistes et citoyens.

L’objectif de cette table-ronde était d’engager des discussions et avoir des échanges constructifs pour mieux savoir de quelle façon les jeunes comprennent la démocratie et quelles actions nous pouvons mettre en place pour réinventer la démocratie dans le contexte de notre pays, la République Démocratique du Congo (RDC).

  1. Thèmes principaux

Le dialogue s’est axé sur deux thèmes principaux qui ensuite ont permis aux participants de déboucher sur des recommandations à la fin de cette activité. Ces thèmes ont été présentés par le facilitateur, Prince Lukeka, juriste de formation, acteur politique et membre de plusieurs organisations de jeunes. Pour donner aux participants une certaine idée sur le mot « démocratie », Mr. Lukeka a commencé par définir la démocratie comme l’exercice du pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Les principes fondamentaux de la démocratie incluent la participation massive de la population dans la prise des décisions dans le but de trouver un consensus pour le bien-être de tous, la séparation des pouvoirs et l’instauration d’un certain rapport de crédibilité entre les dirigeants et les dirigés.

Certains participants ont montré une compréhension de la démocratie liée aux principes et aux lois sur lesquels se basent certains dirigeants africains sans en comprendre le sens propre ; d’autres ont manifesté une compréhension de la démocratie liée à l'ingérence des pays occidentaux dans les affaires intérieures des pays africains.

Pour mener à bien le dialogue et comprendre le vif du sujet, le facilitateur a fait un bref aperçu sur l’état de la situation politique en RDC depuis l’époque coloniale en passant par le régime dictatorial du président Mobutu pour atterrir sur la crise politico-économique que traverse actuellement le pays.

Avant de passer aux travaux en groupe, des échanges et discussions se sont poursuivis dans le sens que la RDC a encore un long chemin à parcourir avant même d’imaginer une bonne forme de démocratie. Pour certains , il est important en tant qu’africains de recourir à notre culture et à nos traditions africaines qui nous amèneraient à être capables de bien gérer nos pays car la démocratie n’a pas son origine en Afrique, pour d’autres, les pays africains et la RDC en particulier, ne devraient pas se laisser dicter les lois par les étrangers qui depuis l’époque coloniale nous ont imposé une démocratie avec des principes que nous ne maîtrisons pas et qui, de ce fait, ne nous laisse pas jouir de notre indépendance et de nos richesses.

  1. Travaux en groupes

Une séance de travail en deux groupes a été organisée par un système de questions/réponses pour aboutir à une compréhension simple et facile en faisant ressortir des observations en rapport avec le contexte du pays.

La démocratie congolaise

Ce groupe a fait l’analyse de la démocratie congolaise en faisant ressortir tous les éléments qui freinent son aboutissement.

  • Dans le contexte et l’histoire de la RDC, la démocratie n’existe pas. Le pays est constamment dans une recherche de sa véritable identité aussi bien sur les plans politique, social et économique.
  • Existe-t-il un lien entre les principes démocratiques et les principes congolais ? Il est impossible de faire ce lien car déjà au départ, car la démocratie ne fait pas partie de nos valeurs ou notre héritage ; c’est un concept que nous avons reçu de l’Occident et que nous tentons d’assimiler et d’adapter dans notre système.
  • En RDC, nous imitons aveuglement en nous accrochant à des concepts qui ne sont pas les nôtres tout en rejetant nos coutumes. A l’exemple de la Constitution, ce sont des lois et des textes que nous ne connaissons même pas mais que nous avons tiré d’ailleurs et en cherchant à les adapter chez nous, finissons par nous perdre nous-mêmes et tourner dans un cercle vicieux.
  • Nous commettons des grosses erreurs lorsque nous appliquons la Constitution d’une manière contraire à notre société.

Pourquoi et comment réinventer la démocratie ?

Ce groupe a réfléchi sur les différentes façons de réinventer la démocratie, et les idées sont parties dans tous les sens. Pour répondre à la question, les participants se sont mis d’accord sur les différents points ci-dessous :

  • Il faut trouver un moyen de ne pas obliger les citoyens à choisir entre la démocratie et la sécurité, parce qu’aujourd’hui, il est courant de voir des gouvernements proposer aux gens d’échanger leur liberté pour obtenir sécurité.
  • Il faut s’assurer que ceux qui choisissent la démocratie le font de leur propre gré et ainsi limiter le risque qu’ils soient bombardés par des propagandes visant à conditionner leur choix dans une certaine direction.
  • Il faut réviser ou réorganiser le système des médias, car la question de qui contrôle et accède aux moyens de communication de masse est centrale.
  • Pour pallier le grand problème du manque d’indépendance de la justice, il faut mettre en place des mécanismes qui s’assurent que la justice s’applique à tout le monde de la même façon.

  1. Recommandations
  • Organiser un atelier d’au moins une semaine, afin de trouver des meilleures solutions. Ce genre de thème ne doit pas se débattre au cours d’une seule journée.
  • Étant donné que « jamais une personne ne peut évoluer sur les nattes des autres », préparer un espace d’échange entre les occidentaux et les africains afin de trouver des compromis sur des concepts communs dans une démarche africaine.  Ce principe est tiré de la charte de Kouroukan fouga, ou encore, en langue malinké, Manden Kalikan, qui est la transcription d'un contenu oral, lequel remonterait au règne du premier souverain Soundiata Keita qui vécut de 1190 à 1255. Elle aurait été solennellement proclamée le jour de l'intronisation de Soundiata Keïta comme empereur du Mali à la fin de l'année 1236. A titre d’exemple, la charte mentionne sept paroles, qui sont autant d'entêtes d'articles de la charte :
  • « Une vie n'est pas plus ancienne ni plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une vie n'est pas supérieure à une autre vie »;
  • « Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable »;
  • « Le tort demande réparation »;
  • « Pratique l'entraide »;
  • « Veille sur la patrie »;
  • « La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose »;
  • « La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves ; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre; personne ne sera non plus battu au Mandé, a fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave »;
  • « Chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa patrie ».
  • Organiser des séances avec les organisations de la société civile pour parler de fond en comble de ce concept afin de comparer tous les textes légaux qui régissent le pays en rapports avec les droits, lois, chartes, et qui figurent dans la Constitution pour ainsi permettre aux jeunes de mieux s’ingérer et participer dans la gestion de la chose publique.
  1. Conclusion

Les participants ont souligné que pour réinventer la démocratie dans le contexte de la RDC, il faudra se focaliser sur la réforme de trois secteurs - l’éducation, la justice sociale et la redevabilité, c’ est à dire le fait que les gouvernants rendent des comptes régulièrement à leur population - et proposer des plans d’action en rapport avec la démocratie et la nouvelle citoyenneté pour permettre à tous les jeunes de mieux comprendre la politique du pays et ainsi participer à son développement.

Rapporteuse Grace Mush’ayuma, chargée de l’échange culturel