Zoom sur la suspension du droit d’exercer de journalistes au Cameroun : appel à l’annulation de cette décision

CIVICUS condamne la décision du Conseil national de la communication du Cameroun de suspendre pour un mois les journalistes Séverin Tchounkeu (PDG) et Cédrick Noufele (rédacteur en chef et présentateur), qui travaillent pour la chaîne de télévision privée Équinoxe TV.

Leur émission « Droit de réponse » a également été interdite d’antenne pour la même durée. Le droit d’exercer des journalistes a été suspendu après qu’ils ont reçu des représentants de syndicats d’enseignants dans l’émission.

La suspension du droit d’exercer de ces journalistes et de leur programme porte atteinte à la liberté de la presse et à l’indépendance des médias, fondement d’une gouvernance démocratique et responsable au Cameroun. Ces pratiques répétées pénalisent fortement les voix des citoyens, qui méritent d’être fortement entendues, et non réduites au silence. La suspension du droit d’exercer de journalistes et l’interdiction de diffuser des émissions télévisées limitent le droit des citoyens à l’information et à la liberté d’expression.

Tous les gouvernements doivent protéger le droit à la liberté d’expression et d’information. Pourtant, la décision de suspendre les deux journalistes va à l’encontre de ce droit humain fondamental et suscite de vives inquiétudes pour toutes les personnes en faveur de la démocratie et des droits humains.

« Équinoxe TV est l’un des rares médias indépendants qui, dans un environnement de plus en plus hostile aux médias, évoque courageusement les violations des droits humains et d’autres sujets d’intérêt pour les Camerounais. Les autorités camerounaises doivent immédiatement revenir sur cette décision et permettre à Séverin Tchounkeu et à Cédrick Noufele de reprendre leur travail, et l’autorité de règlementation des médias doit cesser de tenter de censurer le contenu des médias privés »; a déclaré Paul Mulindwa, chargé de plaidoyer et de campagnes chez CIVICUS.

Contexte

Le 28 février, Cédrick Noufele a organisé une table ronde dans le cadre du programme « Droit de réponse », concernant une grève nationale des enseignants. Les enseignants des écoles publiques du Cameroun sont en grève depuis février 2022 et se plaignent de la détérioration de leurs conditions de travail et du non-paiement de leurs salaires, dont certains sont dus depuis des années. Malgré les différentes promesses du gouvernement de satisfaire leurs revendications, tous les enseignants ne sont pas convaincus par ces promesses. Après avoir reçu les dirigeants du syndicat enseignant à la télévision, le Conseil national de la communication (l’autorité de règlementation des médias), a annoncé le 1er avril que la directrice générale d’Équinoxe TV, Séverin Tchounkeu, et le rédacteur en chef et présentateur Cédrick Noufele s’étaient vu imposer la suspension de leur droit d’exercer pendant un mois, et que l’émission « Droit de Réponse » de la chaîne ne pouvait être diffusée pendant cette période.

Le CIVICUS Monitor, une plateforme en ligne qui suit les menaces pesant sur la société civile dans les pays du monde entier, classe l’espace civique, c’est-à-dire l’espace réservé à la société civile, comme étant reprimé au Cameroun.