Organisation des Nations Unies

 

  • #UN75 : « Désormais, l'ONU doit demeurer accessible par le biais de plateformes virtuelles »

    Laura ObrienEn commémoration du 75e anniversaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU), CIVICUS organise des discussions avec des activistes, des avocats et des professionnels de la société civile sur les rôles que l'ONU a joués jusqu'à présent, les succès qu'elle a obtenu et les défis qu'elle doit relever pour l'avenir. CIVICUS s'entretient avec Laura O'Brien, responsable du plaidoyer avec les Nations Unies pour Access Now, une organisation de la société civile qui s'est donné pour mission de défendre et d'étendre les droits numériques des utilisateurs en danger dans le monde entier. Access Now se bat pour les droits humains à l'ère numérique en combinant le soutien technique direct, le travail politique intégral, le plaidoyer mondial, le soutien financier de base, des interventions juridiques et des réunions telles que la RightsCon.

    Dans quelle mesure la charte fondatrice des Nations Unies est-elle adéquate à l'ère de l'internet ?

    Depuis des années, la société civile encourage l'ONU à moderniser ses opérations afin de demeurer pertinentes à l'ère du numérique. En 2020, l'ONU a été confrontée à une dure réalité. L'organisation internationale a été obligée de faire la plus grande partie de son travail en ligne, tout en essayant d'atteindre de manière significative la communauté mondiale et de faire progresser la coopération internationale au milieu d'une crise sanitaire mondiale, d'un racisme systémique, du changement climatique et d'un autoritarisme croissant. La commémoration du 75e anniversaire de l'ONU par un retour à sa charte fondatrice - un document axé sur la dignité inhérente de l'être humain - ne pourrait être plus cruciale.

    La Charte des Nations Unies a été rédigée bien avant l'existence d'Internet. Toutefois, sa vision globale reste cohérente avec la nature universelle de l'internet, qui permet au mieux la création illimitée de sociétés de connaissance fondées sur les droits humains fondamentaux, tout en amplifiant la nécessité de réduire les risques, non seulement par des moyens souverains, mais aussi par la coopération internationale. Guidée par les principes de la Charte des Nations Unies, la Déclaration sur la commémoration du soixante-quinzième anniversaire des Nations Unies s'engage à juste titre à renforcer la coopération numérique dans le monde entier. Par cet engagement formel, les Nations Unies ont enfin pris en compte l'impact transformateur que les technologies numériques ont sur notre vie quotidienne, ouvrant la voie - ou mieux, comme l'a dit le secrétaire général de l'ONU, établissant une « feuille de route » - pour nous guider à travers les promesses et les dangers de l'ère numérique.

    Alors que les dirigeants mondiaux ont reconnu la nécessité d'écouter « les peuples », comme le stipule le préambule de la Charte des Nations Unies, la société civile continue de rappeler à ces mêmes dirigeants d'écouter plus activement. Compte tenu de sa mission d'étendre et de défendre les droits fondamentaux de tous les individus, la société civile reste une force clé pour faire progresser la responsabilité de toutes les parties prenantes et garantir la transparence dans des processus multilatéraux souvent opaques.

    Quels défis avez-vous rencontré dans vos interactions avec le système des Nations Unies et comment les avez-vous relevés ?

    J'ai commencé à travailler dans mon rôle public en tant que défenseuse des intérêts de Access Now aux Nations Unies, quelques mois avant le confinement dû à la COVID-19 ici à New York. En ce sens, j'ai dû, dans mon nouveau rôle, relever les défis auxquels la société civile était confrontée à l'époque : comment faire en sorte que les acteurs de la société civile, dans toute leur diversité, participent de manière significative aux débats de l'ONU, alors que cette dernière déplace ses opérations au monde virtuel ? À l'époque, nous craignions que les mesures exceptionnelles utilisées pour lutter contre la pandémie soient utilisées pour restreindre l'accès de la société civile et ses possibilités de participer aux forums des Nations Unies. Nous nous sommes donc mobilisés. Plusieurs organisations de la société civile, dont CIVICUS, ont travaillé ensemble pour établir des principes et recommandations à l'intention des Nations Unies afin d'assurer l'inclusion de la société civile dans ses discussions pendant la pandémie et au-delà. Cela nous a aidé à travailler ensemble pour présenter une position unifiée sur l'importance de la participation des parties prenantes et pour rappeler aux Nations Unies de mettre en place des protections adéquates visant à garantir l'accessibilité des plateformes en ligne, ainsi que des garanties suffisantes pour protéger la sécurité des personnes impliquées virtuellement.

    Qu'est-ce qui ne fonctionne pas actuellement et devrait changer, et comment la société civile travaille-t-elle pour apporter ce changement ?

    L'année 2020 a été une année d'humble réflexion critique sur soi-même, tant au niveau individuel que collectif. Aujourd'hui plus que jamais, le monde se rend compte que le modèle centré sur l'État ne conduira pas à un avenir prometteur. Les problèmes auxquels est confrontée une partie du monde ont des conséquences pour le monde entier. Les décisions que nous prenons maintenant, notamment en ce qui concerne les technologies numériques, auront un impact sur les générations futures. Alors que le monde se remet des événements de 2020, nous avons besoin que les dirigeants mondiaux tirent les leçons de l'expérience acquise et continuent à s'engager dans cette réflexion critique. La résolution de problèmes mondiaux exige une action interdisciplinaire qui respecte et protège les détenteurs de droits issus de milieux divers et intersectoriels. Nous ne pouvons tout simplement pas continuer à fonctionner et à traiter ces questions de haut en bas. En effet, les menaces telles que la désinformation ont souvent leur origine au sommet.

    Partout dans le monde, la société civile se mobilise en première ligne des campagnes mondiales qui cherchent à sensibiliser aux problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui et à leur impact sur les générations futures, tout en plaidant pour la responsabilisation dans les forums nationaux, régionaux et internationaux. De la condamnation des coupures d'Internet de #KeepItOn à la remise en question de la mise en œuvre des programmes d'identité numérique dans le monde de #WhyID, nous nous efforçons d'informer, de surveiller, de mesurer et de fournir des recommandations politiques qui respectent les droits, en fonction de nos diverses interactions avec les personnes les plus à risque.

    Quelles sont, selon vous, les principales faiblesses du système multilatéral mondial actuel et quelles leçons peut-on tirer de la pandémie de COVID-19 ?

    Le système multilatéral mondial doit cesser de fonctionner et de traiter les problèmes mondiaux de manière déconnectée. Cela nécessite non seulement un multilatéralisme mieux organisé en réseau - dans l'ensemble du système des Nations Unies, tant à New York qu'à Genève, et incluant les organisations régionales et les institutions financières, entre autres - mais aussi une approche plus interdisciplinaire des problèmes mondiaux. Par exemple, les recherches disponibles suggèrent que plus de 90 % des objectifs de développement durable sont liés aux droits de l'homme et au travail au niveau international. Pourquoi, alors, les acteurs internationaux continuent-ils à soulever ces objectifs uniquement en relation avec les débats sur le développement et non en relation avec les droits de l'homme ?

    De nombreux enseignements peuvent être tirés de la pandémie pour promouvoir une coopération internationale plus inclusive. En 2020, les Nations Unies ont pris conscience des avantages de la connectivité Internet : atteindre des voix plus diverses dans le monde entier. Des personnes qui, en raison d'innombrables obstacles, sont généralement incapables d'accéder physiquement aux plateformes des Nations Unies basées à Genève et à New York ont désormais la possibilité de contribuer de manière significative aux débats des Nations Unies via Internet. Dans le même temps, cependant, l'opération en ligne a également conduit à la reconnaissance officielle par les Nations Unies des graves conséquences pour les quelque quatre milliards de personnes qui ne sont pas connectées à Internet. Ces personnes peuvent être victimes de discrimination de connectivité, se heurter à divers obstacles dus à la fracture numérique et à l'insuffisance des ressources en matière de culture numérique, ou rester hors ligne en raison de l'imposition de coupures sélectives de services Internet.

    À l'avenir, l'ONU devrait continuer à donner accès à ses débats par le biais de plateformes virtuelles accessibles. Tout comme l'ONU est conçue pour faciliter les interactions entre les États, le monde aurait intérêt à ce que la société civile dispose d'espaces tout aussi sûrs et ouverts pour se connecter. Malheureusement, trop de communautés continuent d'être marginalisées et vulnérables. Les gens subissent souvent des représailles lorsqu'ils élèvent la voix et diffusent leurs histoires au-delà des frontières. Nous nous efforçons de créer ce genre de forum civil ouvert avec RightsCon - le principal sommet mondial sur les droits de l'homme à l'ère numérique - et d'autres événements similaires. En juillet 2020, RightsCon Online a réuni 7 681 participants de 157 pays du monde entier dans le cadre d'un sommet virtuel. Les organisateurs ont surmonté les obstacles liés au coût et à l'accès en lançant un Fonds pour la connectivité qui a fourni un soutien financier direct aux participants pour qu'ils puissent se connecter et participer en ligne. Ces réunions doivent être considérées comme faisant partie intégrante non seulement de la gouvernance de l'internet, mais aussi de la réalisation des trois piliers des Nations Unies - développement, droits de l'homme et paix et sécurité - à l'ère numérique. Lorsqu'elle est menée de manière inclusive et sécurisée, la participation en ligne offre la possibilité d'accroître le nombre et la diversité des participants sur la plateforme et supprime les obstacles liés aux déplacements et les contraintes de ressources.

    Globalement, la communauté internationale doit tirer les leçons de l'année 2020. Nous devons travailler solidairement pour promouvoir une coopération internationale ouverte, inclusive et significative pour un avenir prospère pour tous.

    Contactez Access Now via sonsite web ou son profilFacebook, et suivez@accessnow et@lo_brie sur Twitter.

     

  • Les représailles dans les locaux de l'ONU doivent être réglées d'urgence

    ONG : Il faut s'attaquer d'urgence à la tendance alarmante à l'intimidation et aux représailles dans les locaux de l'ONU

    Lettre commune

    Le 23 août 2019, 23 ONG ont écrit au Sous-secrétaire général des Nations Unies pour les droits de l'homme (SSG), au Président du Conseil des droits de l'homme (CDH) et au Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, pour exprimer leurs préoccupations face à un climat alarmant d'intimidation et de représailles auquel les membres de la société civile sont exposés lors des sessions du Conseil des droits de l'homme et des organes conventionnels.

    La lettre invite le Sous-secrétaire général à soulever cette question lors de son discours devant le Conseil des droits de l'homme le 19 septembre 2019 et prie instamment le HCDH de prendre des mesures pour que de tels actes de représailles ne se reproduisent pas à l'avenir.


     

    A : M. Andrew Gilmour, Sous-secrétaire général pour les droits de l'homme ; S.E. M. Coly Seck, Représentant permanent du Sénégal et Président du Conseil des droits de l'homme ; M. Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme

    1. Gilmour,

    Nous, les organisations soussignées, vous écrivons pour vous faire part de nos vives préoccupations au sujet des actes d'intimidation et de représailles dont sont constamment victimes les membres de la société civile du monde entier lors des sessions du Conseil des droits de l'homme (CDH) et des organes conventionnels. Nous sommes particulièrement préoccupés par les actes d'intimidation perpétrés par des représentants et des individus affiliés à des partis gouvernementaux.

    Au cours de la 41ème session du Conseil des droits de l'homme, des membres du personnel des missions permanentes et des personnes portant des badges non diplomatiques, qui ont par la suite été reconnus comme travaillant avec les États Membres et Observateurs de l'ONU, ont assisté à nos réunions parallèles et ont manifestement écouté nos conversations, enregistré nos commentaires, pris des photos et des vidéos des interlocuteurs et eu des gestes et des remarques menaçants.

    Nous sommes d'autant plus préoccupés que ce n'est pas la première fois que des défenseurs des droits de l'homme et d'autres personnes en contact avec le Conseil sont victimes d'actes de harcèlement et d'intimidation. Ces tactiques font plutôt partie d'un modèle de comportement cohérent et systématique que nous en sommes malheureusement venus à anticiper et à prévoir à chaque session du CDH.

    En outre, les défenseurs des droits humains s'engageant avec les organes conventionnels sont également confrontés à l'intimidation et aux représailles perpétrées par des représentants et des individus affiliés aux partis gouvernementaux. Il y a eu de nombreux cas où des "GONGO" - des organisations non gouvernementales gouvernementales - se sont inscrites pour des réunions d'information confidentielles et privées avec les membres des organes conventionnels. Cela leur permet de savoir exactement qui, au sein de la société civile, est présent lors de ces réunions d'information. Il y a également eu des cas de séances d'information qui ont été filmées sans l'autorisation des ONG.

    De plus, le soutien apporté par les gouvernements aux GONGO signifie qu'ils bénéficient souvent d'un statut consultatif auprès de l'ONU. Au contraire, les ONG indépendantes continuent de se voir refuser le statut d'ECOSOC, ce qui démontre que des représailles contre les défenseurs des droits humains se produisent également au sein du système des Nations Unies. En outre, la prolifération des GONGO au sein du Conseil des droits de l'homme et des organes conventionnels leur permet d'influencer le discours sur les droits de l'homme dans un État ou une région donnée, ce qui minimise les véritables enjeux.

    Les actes de harcèlement et d'intimidation susmentionnés sont préoccupants non seulement parce qu'ils créent un climat de peur et d'autocensure, mais aussi parce que de nombreux défenseurs des droits de l'homme qui se sont rendus à Genève pour participer aux sessions du CDH ou des organes conventionnels ont subi des représailles à leur retour dans leur pays en conséquence directe. C'est pourquoi nous prenons ces actes d'intimidation très au sérieux et estimons qu'ils peuvent entraîner d'autres actes de représailles.

    Nous notons avec satisfaction que l'actuel président du Conseil des droits de l'homme, S. E. M. Coly Seck, Représentant permanent du Sénégal, a abordé certaines des questions soulevées dans cette lettre lors de la dernière séance de la 41ème session du Conseil. Il s'est dit préoccupé par le fait que "les organisations de la société civile continuent d'être victimes d'intimidations et de représailles" et a souligné qu'un certain nombre de cas lui avaient été signalés, notamment de harcèlement verbal et de photographies non autorisées prises lors de réunions parallèles. Il a souligné que " tout acte d'intimidation à l'encontre d'un individu ou d'un groupe qui tente de coopérer avec le Conseil des droits de l'homme est inacceptable ", et a rappelé aux Etats Membres et Observateurs leur responsabilité de veiller à ce que la société civile opère dans un espace sûr.

    De plus, en juillet 2019, l'Organisation des Nations et des peuples non représentés, en collaboration avec l'Université d'Oxford, le Tibet Justice Centre et le Conseil de recherches économiques et sociales, a lancé le rapport intitulé "Compromised Space for Unrepresented Peoples at the United Nations". Basé sur des interviews et des témoignages de 77 défenseurs des droits humains travaillant au nom des minorités, des communautés indigènes et d'autres peuples non représentés, il identifie une attaque systématique du système des droits humains de l'ONU par certains gouvernements. Cela se caractérise par "des tactiques de blocage (...), y compris le report des décisions du statut à l’ECOSOC, et l'intervention dans les déclarations en plénière, à des cas plus manifestes de harcèlement, d'intimidation et de violence directe, qui constituent des représailles de l'État". De tels défis sont aggravés pour les défenseurs des droits humains issus de groupes minoritaires, autochtones et marginalisés.

    Tout en reconnaissant que les présidents du Conseil des droits de l'homme, l'équipe du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) chargée des représailles, les coordonnateurs des organes conventionnels pour les représailles et vous-même avez tous déjà fait prendre conscience de cette question, nous sommes convaincus qu'il est nécessaire d'attirer davantage l'attention sur ces actes d'intimidation et de harcèlement. Nous notons en outre qu'à ce jour, le HCDH n'a pas élaboré de réponse systématique et pratique aux pratiques décrites dans la présente lettre.

    Nous sommes d'avis que le fait de ne pas sanctionner les représailles dans les locaux de l'ONU ne fera qu'encourager de tels actes ailleurs. C'est pourquoi nous vous demandons de soulever cette grave question lors de la présentation du rapport annuel du Secrétaire général des Nations Unies sur les représailles lors de la 42ème session du CDH. Nous vous demandons également de prier instamment le HCDH de prendre des mesures pour faire en sorte que de tels actes d'intimidation ne se reproduisent pas à l'avenir.

    Sincèrement vôtres,

    1. Access Now
    2. ALQST
    3. Association for Victims of Torture in the UAE
    4. Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain
    5. Bahrain Institute for Rights and Democracy
    6. CIVICUS: World Alliance for Citizen Participation
    7. CCPR Centre
    8. Committee for Justice
    9. European Saudi Organisation for Human Rights
    10. Global Campaign for Equal Nationality Rights
    11. MENA Rights Group
    12. The Omani Centre for Human Rights
    13. OMCT
    14. Institute on Statelessness and Inclusion
    15. International Campaign for Freedom in the UAE
    16. International Centre for Justice and Human Rights
    17. International Movement Against All Forms of Discrimination and Racism
    18. Right Livelihood Foundation
    19. Rights Realization Centre
    20. Salam for Democracy and Human Rights
    21. Statelessness Network Asia Pacific
    22. Unrepresented Nations and Peoples Organization
    23. World Uyghur Congress