By Kumi Naidoo, CIVICUS Secretary General and chair of the Global Call to Action Against Poverty (GCAP)
De nombreuses organisations venant du monde entier ont envoyé des représentants à New York pour faire pression sur les délégations nationales afin que ces dernières prennent des actions décisives lors du Sommet Mondial le plus attendu de tous les temps. Plusieurs activistes de pays industrialisés et leurs alliés de pays en développement sont venus aux Nations Unies avec la même conviction : ‘’Les pays riches ont trop longtemps négligé les problèmes des nations les plus pauvres’’. Le Sommet des Nations Unies devait être le moment où jamais de traiter ces problèmes et de réaffirmer les engagements.
Cependant, le Sommet Mondial des Nations Unies, qui a été le plus grand rassemblement de leaders politiques de notre histoire a échoué. L’Action Mondiale Contre la Pauvreté (AMCP), une alliance qui comprend 91 coalitions nationales, et plusieurs responsables politiques des pays en développement a exprimé sa grande déception concernant les décisions qui issues du Sommet.
Les chefs d’Etats du monde ont raté l’opportunité historique d’avancer dans la lutte contre la pauvreté et dans la création d’un développement humain durable. A la place ils ont simplement recyclé et ressassé de vieilles promesses.
Le monde a assisté avec consternation au fait que la référence Objectifs de Développement du Millénaire (ODM), déjà vieux de 5 ans, est sujette à controverse quand le nouvellement nommé ambassadeur américain auprès des Nations Unies, John Bolton, déclara que les Etats-Unis n’avait jamais signé les ODM.
De plus, face à l’augmentation de la pauvreté, il y a une absence d’engagements tenant sérieusement pour responsables les gouvernements dans leur faible performance quant à la réalisation des ODM, que l’AMCP considère cependant comme étant déjà insuffisants.
La reconnaissance de l’échec du premier objectif, qui vise à offrir un cycle d’éducation primaire pour tous d’ici 2005, est ostensiblement absente dans les déclarations du Sommet. Ni un plan d’actions, ni une stratégie de mise à disposition des ressources adéquates n’ont été proposés pour remettre le monde dans le droit chemin afin que les ODM soient atteints.
Le Sommet, par l’insistance des Etats-Unis, a fait un pas en arrière par rapport à l’engagement conclu par les pays développés, il y a de cela 35 ans de contribuer moins d’un pour cent du produit national brut (PNB), 0.7%, en faveur du développement.
Seulement cinq pays industrialisés remplissent aujourd’hui cette obligation, avec le gouvernement du Royaume Uni qui s’est engagé à atteindre cet objectif d’ici 2013, deux ans avant que les ODM soient normalement atteints. Cet engagement est désormais considéré comme un acte optionnel de bonne volonté de la part des pays riches, plutôt que comme un acte de justice et de réponse historique aux crimes contre l’humanité tels que le colonialisme et l’esclavage.
Même le problème de la qualité de l’aide n’a été traité sans aucune urgence.
L’appel des pays les plus pauvres à l’éradication de la dette, et clamé par les militants anti-pauvreté afin que les Nations Unies aillent au-delà de l’accord du G8 a été ignoré. Pour l’AMCP, cet accord correspond à une ‘’ petite avancée tardive dans la bonne direction’’, et le soutien aux pays pauvres était ciblé pour inclure un plus grand nombre de pays et pour mettre un terme aux conditions que les pack d’éradication de la dette peuvent imposer aux pays pauvres.
Le Sommet des Nations Unies, comme celui du G8 à Gleneagles, a échoué à prendre les décisions qui auraient débouché vers un système de commerce international qui soit caractérisé par l’équité et la justice. A moins que le commerce équitable devienne effectif, nous n’aurons en effet pas de voies et de moyens durables pour empêcher la pauvreté.
Sur le désengagement nucléaire, la réforme des Nations Unies, le changement climatique et les domaines spécifiques du développement humain tels que l’éducation et la santé, les décisions du Sommet des Nations Unies ont représenté au mieux un demi pas en avant et deux pas en arrière. Les décisions du Sommet confirment que certains pays peuvent réprimer la majorité de l’humanité qui demande la paix, la justice et une fin au fait que 50 000 personnes meurent tous les jours à cause de facteurs que l’on peut prévenir en raison du caractère inhumain de la pauvreté.
Est-ce que cela signifie que les Nations Unies ont laissé tombé les pauvres ? Oui et Non. Si par les Nations Unies nous voulons dire le Secrétaire Général et son équipe ainsi que la majorité des gouvernements du monde, alors la réponse serait probablement non. Si par les Nations Unies nous parlons des engagements antérieurs, alors en effet cela a été fait lamentablement.
Dans le contexte mondial actuel, où les pouvoirs sur les problématiques de l’environnement, l’économie, la dette, le terrorisme, la sécurité, sont incapables d’apporter des réponses exclusivement à un niveau national, plus d’attention se doit d’être accordé au travail des organisations intergouvernementales comme la Banque Mondiale, le FMI et les Nations Unies.
Etant donné le changement de pouvoir du national vers l’international, c’est devenu désormais une priorité de s’assurer que le ‘’déficit de démocratie’’ de ces puissantes institutions soit pris en compte.
Des institutions internationales comme l’Organisation des Nations Unies, la Banque Mondiale et le FMI disposent de grands pouvoirs sur les vies des gens ordinaires à travers le monde et doivent rendre des comptes envers ces personnes. C’est ici que se trouve le nœud du ‘’déficit de démocratie’’, des décisions affectant les vies et le bien être des populations (concernant les règles commerciales, la propriété intellectuelle, les politiques de structuration macro-économique et l’allègement de la dette), sont faites le plus souvent derrière des portes fermées par les institutions qui se sont pas directement responsables de ces personnes et qui ne laissent pas la place à la parole citoyenne.
La participation de la Société Civile lors du Sommet a été largement restreinte. Après de nombreuses pressions, trois orateurs de la Société Civile se sont exprimés au Sommet : Leonor Briones de Social Watch Philippines et de l’AMCP en Asie, Gina Vargas, une activiste féministe d’Amérique Latine et Guy Ryder, le secrétaire général de ‘Confédération Internationale des Unions de Commerce Libre’ et un des portes paroles de l’AMCP. Cependant, au moment où Gina et Guy s’exprimaient à l’Assemblée, le document de résultat du Sommet a été adopté et la plupart des délégués avaient déserté la salle.
En juin, des auditions de la société civile ont eut lieu, une façon d’intégrer la société civile dans le processus officiel, mais il ne semble pas que les considérations de la société civile aient été prises au sérieux.
Notons cependant, que quelques délégations gouvernementales comprenaient des activistes de la société civile, et ceci a été fort utile pour suivre l’état des négociations. Pour une organisation dont les premiers mots de la charte sont : ‘’Nous peuples des Nations Unies… ‘’, la participation y est extrêmement limitée.
La plupart des institutions internationales, comme l’Organisation des Nations Unies, qui sont aujourd’hui devenues de plus en plus puissantes, ont été établies à une époque qui a considérablement changé par rapport à aujourd’hui. La géopolitique de 1945 continue de dominer la structure de gouvernance des Nations Unies. Nous devons nous rendre à l’évidence que les Nations Unies semblent toujours opérer sous l’égide de règles et d’une logique qui ne tiennent pas compte de la réalité actuelle des citoyens.
Compte tenu du déficit de légitimité, on constate également un déficit de cohérence dans l’action du système international: les ministres des Finances se précipitent aux FMI et à la Banque Mondiale, les ministres des Affaires Etrangères aux Nations Unies et les ministres du Commerce à l’OMC, sans guère de cohérence. Le système a urgemment besoin de devenir plus cohérent et de rendre des comptes.
Peut-être que le déficit le plus conséquent de tout ceci est celui qui se situe au niveau de la conformité. Si la performance passée n’est rien d’autre que de glisser sur la surface des choses, de nombreux gouvernements vont très certainement oublier les ‘micros’ engagements qu’ils ont conclu lors du Sommet le temps pour eux de rentrer dans leurs capitales. C’est inacceptable que non seulement ces onéreuses réunions rendent des décisions faibles, timides et tièdes, mais également que ces engagements faits en demi-teinte ne sont constamment jamais appliqués.
Dès lors, le mouvement croissant international anti-pauvreté, continuera sa mobilisation pour des décisions courageuses qui sont nécessaires pour la création d’un monde plus juste, plus équitable et plus sûr – et symboliquement continuera d’observer l’action des gouvernements afin d’assurer qu’il n’y aura plus de remise en question des engagements passés ou faits lors de ce Sommet.
Mais l’épine dans le pied aujourd’hui, que nous devons éviter de mentionner quand nous parlons de création d’un système international de décisions qui soit juste, transparent et équitable, est l’actuel gouvernement des Etats-Unis.
Par exemple, le Président George Bush concéda que l’actuel système commercial est inéquitable pour les pays pauvres, et il ajouta qu’il était même prêt à abandonner les subsides causant des distorsions aux commerces à la condition que d’autres pays riches fassent de même.
Mais cette position souligne un plus grand défi. Nous vivons dans un monde unipolaire, avec un superpouvoir qui a démontré une propension à agir unilatéralement à plusieurs reprises. Il a aussi montré une grande volonté politique quand il est face à un agenda qu’il juge bon pour son intérêt– mobiliser des centaines de milliards de dollars pour une guerre manquant de soutien populaire ou de légitimité juridique ou pour annuler la dette irakienne (30 milliards de dollars).
Je voudrais dire ceci au Président Bush : Monsieur, cette fois, nous accueillerons favorablement une cuillérée d’unilatéralisme et de leadership. Si vous pensez abandonner les subsides américains, faites le sans attendre un geste similaire de la part d’autres pays.
Le gouvernement américain délaisse son propre peuple et ceux du reste du monde. Si nous avions une délégation américaine argumentant avec vigueur pour l’élimination de la pauvreté dans le monde en des termes concrets, pour plus d’égalité entre les sexes, pour le désengagement nucléaire, pour la création de mesures de sauvegarde de l’environnement pour les générations futures et actuelles, ce Sommet aurait été complètement différent.
La majorité des citoyens américains croient que leur gouvernement contribue à la hauteur de 10%-15% de ses bénéfices en faveur du développement international. La triste vérité est que le gouvernement en fait ne contribue de fait que de seulement 0.19%. L’Organisation des Nations Unies peut et doit être plus efficace dans sa réponse aux pauvres ; cependant, cela dépend toujours des nations les plus riches et les plus puissantes et de certains de leurs alliés proches, à savoir si elles permettront aux Nations Unies de tenir leurs promesses.
De façon optimiste, les citoyens américains et certains d’autres pays riches, montrent constamment qu’ils ne sont pas du même avis que leurs politiciens, en terme de compréhension de l’importance d’une solidarité internationale, de sens d’une citoyenneté commune internationale et enfin en terme de générosité.
Espérons que les horreurs causées par les ouragans Katrina et Rita ne vont pas faire en sorte que le gouvernement des Etats-Unis se tourne encore plus sur lui-même, mais qu’il réalisera par les évènements qui viennent de se dérouler ce que la pauvreté signifie pour ceux qui en souffrent dans les pays pauvres ou riches, une inhumanité non naturelle que l’on peut prévenir.
S’il y a une volonté politique de la part des pays qui constituent les Nations Unies, surtout les plus puissant, les Nations Unies auront la capacité à servir les intérêts des pauvres et des sans voix. Cependant, démocratiser la gouvernance des Nations Unies et des autres organisations comme la Banque Mondiale et le FMI, demande un effort urgent, si ces institutions veulent contribuer à la création d’un monde plus de juste, un monde de paix, d’égalité et de sûreté.
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